Premier soir à Shinjuku

Premier soir à Shinjuku, samedi 9 août 2008. Je suis arrivée là-bas vers 20 heures, il faisait donc nuit depuis plus d'une heure. Comme je connaissais pas du tout le quartier, je suis passée par la sortie Kabukicho, je me suis retrouvée sur une place devant la gare, et là je me suis vite aperçue que tous les gens allaient dans la même direction. Donc je les ai suivis. Mouton attitude.
J'ai traversé la rue piétonne et je suis arrivée sur une grande avenue, bien éclairée. Genre Las Vegas à plat. En traversant on arrivait à une autre rue piétonne, plus large, bien animée.
En arrivant là, j'avoue que je savais pas quoi faire, j'avais pas de but précis. J'avais pas encore vraiment discuté avec de Japonais, mais je savais pas comment les aborder, ne sachant pas s'ils parleraient anglais ou pas, pis bon, aborder les gens comme ça dans la rue, c'est pas vraiment mon truc.
Heureusement je me suis pas posé de questions longtemps. Dès que j'aie eu traversé l'avenue Las Vegas, Yasukuni Dori de son nom de baptême, un Japonais m'a abordée. Après le bonjour en anglais de formalité, il m'a demandé si je voulais boire un verre. J'ai dit oui. Il s'attendait sûrement à devoir insister, parce qu'il m'a demandé "Really ?" d'un air super surpris. Il m'a demandé si je parlais français, j'ai dit que j'étais Française, et il m'a dit qu'il parlait mieux français qu'anglais parce qu'il avait travaillé en France de 93 à 98. J'm'en souviens bien vu le nombre de fois qu'il me l'a dit. Il m'a redemandé en français si je voulais aller boire un verre. Et de nouveau, si c'était vrai. Hum. Ah, pardon, j'avais pas compris les trois premières fois...
Bah c'est clair que ce genre de tactiques, ça doit pas marcher souvent, hein, aborder une fille dans la rue et qu'elle dise oui à la première tentative.
Il m'a emmenée dans un petit bar à l'ambiance anglaise (ça tombe bien, j'étais venue pour ça...), il m'a demandé ce que je voulais boire. J'ai dit que j'aimais pas l'alcool, il m'a dit, après avoir regardé la carte, qu'il n'y avait rien sans alcool. Sans blague ?... Il m'a demandé si je préfèrerais un truc sucré, j'ai dit oui, donc il m'a montré une page avec des cocktail. J'ai choisi un truc qui s'appelait "American Lemonade", en me disant que le goût semblait prévisible. Sans grande surprise. Il est allé au bar chercher les boissons, en me jetant des coups d'oeil de temps en temps pour vérifier que je me barrais pas. Il avait l'air inquiet dès que je bougeais...
Parce qu'en fait le bar était plein, et donc on était dans l'entrée. Un des serveurs a essayé son anglais sur moi, en me demandant gentiment avec un sourire si j'avais pas trop chaud, parce que comme on était près de la sortie, il faisait chaud. La clim' arrivait pas jusque là. Et oui même le soir à Tokyo, au mois d'août, il fait toujours aussi chaud.
En fait le cocktail était super bon ! Donc c'était bien. Le mec avait 40 ans, il m'a raconté qu'il était pas marié, et qu'il était cuisinier.
J'ai eu du mal à comprendre son "C'est gentil." Je lui ai demandé ce qui était gentil, mais il a répété la même chose. Ne voyant absolument pas de quoi il voulait parler, je me suis dit qu'à nouveau la grammaire française devait être approximative.
Et effectivement, si on se dit qu'il utilise la grammaire japonaise, on pouvait traduire par "Tu es gentille".
Il m'a demandé plusieurs fois si j'avais faim, j'ai dit "un peu", parce que dire "oui" ça aurait voulu dire "oui, paie-moi à manger" (et il risquait de s'attendre à un truc de ma part en échange, je me faisais pas d'illusions sur les raisons qui l'ont poussé à m'inviter boire un verre), et dire non, c'était passer à côté d'une bonne occasion.
Donc il m'a emmenée dans une sorte de resto, où il y a un distributeur à l'entrée. Dessus, il y a les différents plats proposés, on paie là les plats en échange de tickets. A l'intérieur on donne les tickets au serveur et il nous amène les plats.
Y a beaucoup d'hommes seuls qui mangent dans ce genre d'endroit, autour du comptoir central (le serveur a la place de passer au milieu) et il y a des tables sur un côté pour ceux qui sont plusieurs. J'étais non seulement la seule Gaijin, mais en plus la seule fille... Mais bon.
On a mangé des gyôza (raviolis chinois) et des tempura au poulet (nuggets, en gros). C'est lui qui a fait la sauce dans une petite coupelle, avec de la sauce soja et du vinaigre, je crois, et d'autres trucs, je me souviens plus. J'ai un peu galéré pour manger des trucs si gros avec des baguettes. Nos gyôza, ils sont deux fois plus petits, alors on peut les fourrer en entier dans la bouche. Le plus compliqué c'était les tenpura, encore plus gros. Conserver l'équilibre de l'ensemble, c'est pas évident.
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