Mardi à Shinjuku

Publié le par Tenju

Avant de partir, j'avais rencontré un Japonais sur le net, 36 ans. Il avait l'air passablement normal. A la seconde où je l'ai vu arriver vers moi, à la sortie 西, je me suis demandé comment j'allais m'en débarrasser. Il avait un peu la démarche du gorille et l'expression de quelqu'un qui vient de se réveiller après trois heures de sommeil.

Il m'a avoué qu'il ne connaissait pas le quartier de Shinjuku, alors que quand je lui ai demandé où il voulait aller, il m'avait dit qu'on pouvait aller où je voulais. Je lui ai proposé d'aller voir la Mairie de Tokyo. J'avais déjà repéré par où il fallait passer, étant donné que c'est parfaitement bien indiqué. Mais lui il a commencé à tourner en rond au hasard, en cherchant à droite à gauche. Genre la Mairie allait sortir de terre, comme ça. Mais bon j'ai rien dit, y avait tellement de bruit dans la gare que j'entendais rien, et je captais rien à son accent. Me suis contentée de suivre en me demandant comment faire. J'ai songé à me barrer sans rien dire, mais bon, c'était trop dégueulasse pour que je fasse ça. C'était quand même super tentant. Saloperie de conscience. Il a quand même fini par trouver.

On est montés au sommet de la tour, mais le ciel était tout gris. Y a un endroit où on aurait pu voir le Mont Fuji par temps clair, mais comme il faisait juste tout gris, on voyait que du gris partout. En plus j'étais pas dans les meilleures dispositions possibles...

Ensuite il m'a emené je sais même plus où, voir un musée sur un animé que je connaissais pas. Quand on est arrivés là-bas, il a appris que fallait réserver avant. Il a juste dit "Sorry !" comme s'il venait pas de me faire perdre un ticket de métro et du temps pour rien, et on est allés ailleurs, dans un magasin avec tout un étage rempli de figurines d'animés et de mangas. Et il me montrait aussi des mangas en me demandant si je connaissais. Hum. Même si c'est par les mangas que j'ai commencé à m'intéresser au Japon, c'est en tout cas pas pour ça que je suis allée là-bas.

Il m'a demandé si j'avais faim. Bon, au moins que je le supporte pour quelque chose. Qu'il me paie à bouffer. Bah oui, ceux qui ont le statut de boulet dans mon estime, ils ont pas d'autre utilité. Je lui ai dit que je voulais goûter un okonomiyaki. Comme on en trouvait pas, il m'a demandé si des sushi, ça allait aussi. Du coup, j'ai dit que ça m'était égal. Ensuite il m'a demandé de nouveau si je préférais okonomiyaki ou sushi. J'avoue ne pas avoir réellement compris l'intérêt de la question. Si on trouvait pas d'okonomiyaki, c'est pas comme si j'avais le choix. Et comme c'était quand même ce que j'avais demandé en premier, si on en trouvait, je voulais ça, ça me semblait pas compliqué.

Finalement on a fini par trouver, mais ça ouvrait à 17h30 et il était 17h. On est allés boire un verre en attendant. Il m'a demandé comment on disait "Veux-tu m'épouser ?" en français, et comment demander à une fille de coucher avec lui. Je lui ai donc dit. Sauf que ça ressemblait même pas à des mots, quand il a essayé de répéter. C'était plus comme mâcher du chewing-gum à voix haute. Du coup j'avais juste à éclater de rire, et pas à répondre. Même Joey Tribbiani, à côté, il parle bien français. Je lui ai quand même dit que je couchais pas avec le premier boul... euh, mec venu. Il m'a demandé, logiquement, si on pourrait coucher ensemble quand il viendrait en France.

Pourtant, j'avais pris mes précautions. Je lui avais bien expliqué à quel point les mecs que j'avais rencontrés là-bas avaient été lourds. Mais il a été pire qu'eux. Il a pris ça pour une compétition ? Il m'a aussi demandé comment on devenait officiellement Français. Tu seras jamais Français, tu sais... J'ai dit qu'il fallait habiter en France. Ca l'a fait rire. C'est après que je me suis demandé s'il espérait que je dirais qu'il fallait qu'il épouse une Française. Ca, c'est de la drague super subtile, comme les filles adorent... (Je précise, c'est pas vrai.)

Comment un mec peut-il espérer un "oui" à ça ? Je me demande s'il espère, en fait. Il s'est peut-être juste dit qu'il fallait qu'il essaie même en sachant que je dirais non. Parce que rien que le fait de demander, ça fait qu'il se passera plus jamais rien... Je savais que les mecs ne pensaient qu'à ça, je savais qu'ils pouvaient se montrer super lourds quand ils étaient gravement en manque (surtout que c'est un cercle vicieux), parce qu'un mec en manque, c'est un mec dont personne a voulu depuis longtemps, et pas toujours sans raison... mais j'avoue que ce mec-là, il a dépassé tout ce que je pensais possible.

Je lui ai dit que j'avais mal aux pieds, et que j'allais rentrer à l'hôtel quand on aurait mangé. Celui-là, t'façon, même lui tenir le bras, c'était hors de question. Beurk.
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